Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 14:58

 

image titre3L’autre horizon, c’est d’abord celui de la terre, d’une terre vivante qu’il faut (ré) apprendre à connaître pour mieux interagir avec elle tout en la préservant.


L’autre horizon, c’est aussi la voie tracée aujourd’hui par les producteurs en agriculture biologique.


Le film se construit en prenant appui sur les expériences de céréaliers (Jean-Pierre et Guillaume Cathelat), maraîcher (Xavier Deleau), viticulteurs (Jean-Pierre et Jean-Sébastien Fleury, Alain Réaut, Erick Schreiber), éleveur (Jean-Michel Camus) qui vivent et travaillent en Champagne Ardenne. Il évoque les problématiques fondamentales de la fertilisation des sols et de la protection des cultures en faisant également appel à des chercheurs tels que Lydia et Claude Bourguignon ou Eric Petiot.


Ainsi se dégage une nouvelle figure de paysan, celle de paysan - chercheur. L’agriculture biologique exige en effet une haute technicité en harmonie avec les lois de la nature. Un autre horizon entrecroise des pratiques et des réflexions à la mesure d’enjeux aussi bien locaux que planétaires.



C’est en ces termes que nous présentons Un autre horizon (57 minutes, 2010)au dos de la jaquette du DVD. Pour organiser notre film, nous voulions partir des questions posées à la recherche – en agriculture biologique et en biodynamie – par les producteurs eux-mêmes. Des questions auxquelles ils apportent des éléments de réponse sur le terrain (d’où la figure du paysan -chercheur) en liaison avec des chercheurs de profession, souvent en rupture institutionnelle (rupture qu’ils n’ont pas cherchée mais qui leur fut imposée par les orientations institutionnelles de la recherche). Nous voulions montrer que la recherche part du terrain et y retourne. Il n’existe pas de séparation. La production et l’expérimentation ont partie liée.


Notre problème en tant que cinéastes était de trouver une forme de montage qui soit susceptible de matérialiser cette unité entre le terrain et la recherche. Il s’agissait par conséquent de partir de situations concrètes (toute parole filmée problématiserait des questions rencontrées sur le terrain) et d’éliminer toute voix off de surplomb comme de liaison. Nous voulions pouvoir passer d’un type d’agriculture à un autre, de l’agriculture à la viticulture en rendant sensible et intelligible le fait que les problèmes qui s’y posent en matière de fertilisation des sols et de protection des cultures y sont à la fois différents et identiques. Le film témoignerait de rencontres déjà effectives et, par son montage, en créerait de nouvelles.


Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le développement de l’agriculture biologique conditionne le devenir de l’humanité. En ce sens, il s’agit bien d’un enjeu vital.

Nous sommes moins nombreux à penser – et c’est aussi cela que nous avons voulu rendre sensible et intelligible dans et par le film – que le développement de l’agriculture biologique conditionne également le déploiement d’une forme de pensée qui résonne avec la nature et qui correspond à ses lois : la pensée dialectique, issue de la dialectique de la nature.


Car la nature est dialectique. Si, comme le disent les Bourguignon (Lydia et Claude) la forêt est le modèle naturel pour l’agriculture, elle constitue aussi un modèle naturel pour la pensée. Pendant des millions d’années, et sans aucune intervention humaine, elle n’a cessé de résoudre les contradictions qui conditionnaient son développement.


L’homme ne doit pas se substituer à la nature, souligne l’éthologue Eric Petiot. Il doit s’efforcer de trouver les moyens, prélevés eux aussi dans la nature, de stimuler les défenses immunitaires des plantes et de favoriser leur croissance. Il faut adapter le modèle naturel de la forêt à l’artificialité des modèles de l’agriculture et de la viticulture, élaborés pour répondre aux besoins alimentaires et gustatifs de l’homme, moins souvent reconnus dans des sociétés de classes où la reproduction des conditions matérielles d’existence l’a toujours emporté sur le plaisir de vivre et, par conséquent, entre autres de goûter.


On ne trouvera pas, dans notre film, de grandes envolées lyriques ni de discours indignés. Mais on y entendra le discours qui nous semble le plus subversif : celui de le pensée dialectique comme expression consciente de la dialectique de la nature. Nous avons choisi de conclure la chaîne des paroles qui se questionnent et se répondent tout au long du film par cette déclaration de Lydia Bourguignon : l’homme n’utilise la nature qu’à un pourcentage infime de ses possibilités et capacités. Il est très loin de tout en connaître. Au lieu de faire comme si il n’avait plus rien à en apprendre et pouvait dès lors se substituer à elle (les OGM sont ici en ligne de mire), il pourrait et devrait, s’il n’était pas mu par des intérêts de profit immédiat, expérimenter de nouveaux croisements et de nouvelles hybridations entre plantes et entre animaux.


Non, l’homme est loin de tout connaître de la nature ce qui ne signifie pas, à l’inverse, qu’il n’en sache rien. C’est en travaillant avec elle qu’il apprend à la connaître de mieux en mieux. Parfois, il constate des phénomènes qu’il ne parvient pas à expliquer. Alain Réaut constate, encore une fois sur le terrain, que les préparations qu’il utilise produisent un compost de meilleure qualité mais il est incapable, pour le moment, d’expliquer pourquoi tout en cherchant à en comprendre les raisons. Ainsi avance la recherche, d’observations empiriques en hypothèses à vérifier.


« Pour être chercheur, il faut être curieux », remarque le maraîcher Xavier Deleau. Cette curiosité est partagée par tous les intervenants du film. Et Jean-Pierre Fleury, un des pionniers de la biodynamie pour les vins de Champagne, souligne la conjonction entre son intérêt pour l’astronomie et sa passion pour la biodynamie. Il n’est nul besoin de sombrer dans un mysticisme abscons pour reconnaître l’influence des astres sur le développement des cultures.


Jean-Pierre Cathelat, céréalier, ne manque pas lui non plus de curiosité. Le voici au milieu de son champ de blé. Aujourd’hui est un grand jour car il vient d’y faire une découverte. Les chardons, dont « il faut accepter qu’ils passent au-dessus du blé », sont à l’agonie sans qu’il ait eu à recourir au moindre produit chimique pour les éradiquer. La découverte ? « Les chardons sont nos ennemis mais ils ont des ennemis aussi ». Il s’agit en l’occurrence d’une chenille qui ne s’attaque qu’à eux et dédaigne les blés. L’observation de la nature conduit à en découvrir la dialectique et à penser dialectiquement.


Et cette leçon tirée du terrain : « On apprend autant d’une parcelle qu’on a mal réussie que d’une parcelle qu’on a bien réussie ». Erreurs et échecs font partie de la recherche, ils aident eux aussi à avancer pourvu qu’on en tire les enseignements. « On va s’apprendre au fil du temps ». On « s’apprendra » d’autant plus vite et d’autant mieux que s’instaurera une dynamique collective de recherche entre producteurs associés. Ce que démontre l’exemple des viticulteurs Jean-Pierre Fleury, Alain Réaut et Erick Schreiber qui travaillent ensemble et échangent leurs expériences depuis tant d’années.


Ainsi, agriculture biologique et pensée dialectique ont-elles partie liée. Elles s’opposent à tous les schémas manichéens, issus des intérêts de l’industrie chimique, qui voudraient constituer la nature en ennemie de l’homme.


Dans un film produit en 1978 (Avenirs, réalisé par Ada Rémy), l’ex-groupe Rhône-Poulenc s’était appuyé sur de tels schémas pour mieux vendre ses fongicides, pesticides et autres insecticides. Il n’était pas question, par exemple, de diviser les insectes en « amis » et en « ennemis », capables aussi de lutter entre eux, directement ou indirectement à travers la chaîne alimentaire. Il fallait les éliminer tous autant qu’ils étaient. Seulement, voilà : ils résistaient toujours davantage aux produits chimiques qui étaient supposés pouvoir les détruire. Que faire ? La réponse se trouvait dans les intérêts à court terme de l’ex-groupe Rhône-Poulenc : il fallait mettre au point des produits toujours plus puissants dans l’espoir qu’un jour, après combien de générations de produits, aucun insecte ne survivrait. On n’oubliait qu’une chose, une paille : traiter la nature en ennemie, c’est traiter l’homme en ennemi et aboutir en fin de compte à son élimination (cf. à ce sujet le livre Quand l’entreprise fait son cinéma, PUV - Cinéthique, 1983).


Les enjeux de l’agriculture biologique se situent donc aussi au niveau de la pensée, une pensée qui vise à transformer la nature à partir de la connaissance de ses lois.


Gérard Leblanc et Catherine Guéneau

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Par MCR - Publié dans : Agriculture bio
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Mardi 29 juin 2010 2 29 /06 /Juin /2010 15:21
Un film de Catherine Guéneau et Gérard Leblanc

A chaque projection des débats stimulants sur les questions de la production en agriculture biologique, de la recherche dans ce domaine, de la nécessité de transformation des pratiques.

Déjà trois sélections pour le film au festival de Lama en Haute Corse  à Nannay dans la Nièvre pour les conviviales et au festival à nous de voir à Oullins

Pour toute demande de diffusion nous contacter mediascreation@club-internet.fr

Plus d'infos sur le site de Médias Création Recherche , sur le blog , sur Ekopédia

 

 


 




 



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Par MCR - Publié dans : Agriculture bio
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 10:23


 

"Solutions locales pour un désordre global" (Coline Serreau) ressemble au film que nous n’aurions jamais voulu faire et qui pourtant, par certains aspects, ressemble au nôtre : Un autre horizon.


On retrouvera par exemple dans les deux films les mêmes chercheurs en micro - biologie des sols, Lydia et Claude Bourguignon et, plus généralement, une même défense offensive de l’agriculture biologique.


On ne peut que se réjouir d’une telle convergence. Les films qui tentent de faire partager cette vision du devenir de l’agriculture ne seront jamais assez nombreux. Nous ne prétendons aucunement à l’exclusivité de cette vision, au contraire nous visons à ce qu’elle soit la plus largement répandue et partagée.


Pourtant, une finalité commune ne justifie pas l’usage de n’importe quels moyens, cinématographiques en l’occurrence. Et nous divergeons tellement avec Coline Serreau sur le choix des moyens que nous sommes amenés à nous interroger sur la convergence de nos finalités.


Pour convaincre le spectateur, faut-il « labourer son psychisme », faut-il l’hystériser ? Faut-il faire violence au spectateur pour dénoncer celle faite à la terre ? Nous pensons au contraire qu’il faut faire appel à sa conscience.


Solutions locales…ne cesse de combiner agressions visuelles et agressions verbales.


Agressions visuelles, d’abord. Par ses mouvements spasmodiques, la caméra ne cesse pas de violer les espaces qu’elle explore. Loin de nous permettre de découvrir le visible et ses enjeux, elle le recouvre en permanence par des mouvements irréfléchis qui miment une exploration visuelle hystérisée.


La caméra imite les saccades oculaires ce qui aurait pour effet de rendre ses mouvements « libres et vivants, comme des yeux qui découvrent, regardent, sans grammaire imposée ». Il est difficile de se tromper davantage. L’œil de la caméra, s’il a quelque chose à voir avec elle, ne relève en aucune façon de la vision humaine « au naturel ». Les saccades oculaires ont pour fonction de rétablir la continuité des mouvements par accommodations successives. Saccader les mouvements de la caméra revient au contraire à introduire de la discontinuité dans un mouvement continu.


Les nombreuses interviews du film sont parsemées à leur tour par des trop grands plans qui n’ont d’autres effets que de violer l’intimité des personnes interviewées sans nous permettre de pénétrer davantage le processus de leur réflexion.


Les agressions visuelles se combinent tout au long du film avec de multiples agressions verbales. La cinéaste recherche en permanence chez les interviewés la petite phrase qui fait mouche. On prétend « emporter le morceau » en mettant les rieurs de son côté. Tout cela sent le procédé à plein nez et, pour mieux dire la manipulation. La dernière séquence du film en témoigne davantage encore. La musique s’élève sur un fond visuel de visages souriants, épanouis ou hilares. Elle semble intimer l’ordre au spectateur d’avoir à se lever pour applaudir à la béatitude future qui nous est promise. En termes de marketing, on appelle ça une standing ovation.


Bien entendu, il ne s’agit pas seulement d’une question de formes. On observe tout au long du film une tendance à la spectacularisation des analyses qui aboutit, par une série de raccourcis, à ruiner leur validité théorique…et pratique. On en donnera ici deux exemples.


Les produits chimiques utilisés en agriculture ont une origine militaire. Il est bon de le rappeler comme il est bon de rappeler que les programmes civils de recherche bénéficient des « avancées » des programmes de recherche militaire dans presque tous les domaines, de l’informatique aux moyens d’observation visuels et sonores. Mais l’industrialisation de l’agriculture n’est pas due, comme le laisse entendre le film, à la nécessité d’écouler des produits chimiques de destruction massive qui n’avaient pu l’être au cours des guerres précédentes. Elle est liée de façon déterminante au développement du capitalisme dans l’agriculture. Il en va de même pour les semences qui, nous dit-on, devraient échapper au statut de marchandise. Mais comment pourraient-elles y échapper dans une société fondée sur la recherche du profit et, par conséquent, sur la marchandisation de tout ce qui peut être commercialisé, y compris ce qui relève de l’intime, le sexe ou les croyances religieuses ?


Autre exemple. D’après le film, l’homme serait destructeur et la femme constructive par nature, en ce qu’elle serait porteuse de valeurs nourricières et protectrices. On assiste à la reprise d’un vieux schéma manichéen qu’on ne s’attendait pas à trouver là. Est-ce cela l’opposition masculin/féminin, la différenciation entre les deux pôles yin et yang qui, nous dit Coline Serreau dans une interview, devraient « s’équilibrer » ? En réalité, la lutte entre les pulsions de vie et de mort est une des contradictions motrices du développement humain et elle existe aussi bien chez les femmes que chez les hommes, même si les formes qu’elle revêt peuvent être différentes. Voilà un autre raccourci, « féministe » celui-là, qui nous éloigne de la compréhension des contradictions réelles.


Entasser les exemples, ne rien oublier. Plus les exemples seront nombreux, plus le film sera convaincant. Pour être convaincant, il faut être complet. Alors on rajoute une pincée de modèle agro - forestier, plus une pincée de biodynamie, même si ce qu’on nous en dit et nous en montre n’explique en rien ce qu’il en est de la biodynamie et de son efficacité. Peu importe, on aura abordé tous les sujets, on ne pourra rien nous reprocher.


Envisager une question sous tous ses aspects ne consiste certainement pas à accumuler le maximum d’informations. Il s’agit d’éclairer un rapport au monde, à la nature et, par le montage, d’en exposer la logique. Il s’agit moins de multiplier les informations que de comprendre comment un rapport à la nature se construit et par quels processus d’intellection et d’appropriation. Pour cela il faut se détourner du spectaculaire et d’une culture du résultat. La nature nous enseigne aussi à faire du cinéma. Elle nous invite à donner, par les moyens du cinéma, une représentation de ce que peut être une découverte pour un paysan chercheur. Elle nous invite à retracer la lente maturation d’une pratique au fil du temps, au rythme des saisons. « On s’apprendra au fil du temps » dit le céréalier Jean-Pierre Cathelat dans Un autre horizon. La nature ne ressemble pas à un clip, il faut s’y faire.


 

 

 

Par néant - Publié dans : Agriculture bio
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Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /Avr /2010 17:19

Alain Badiou fait partie de ces philosophes de profession, assez rares au demeurant, qui s’intéressent suffisamment à l’amour pour en faire un enjeu de vie…et de philosophie. La preuve, il a publié récemment un petit livre entièrement dévolu à un questionnement de l’amour (Eloge de l’amour, Flammarion, 2009). Il y soutient la thèse que la relation amoureuse permet d’expérimenter le monde à deux, c’est-à-dire « à partir de la différence et non pas seulement de l’identité » (p. 22).


On aimerait toutefois que cette « expérimentation à deux » se manifeste d’une façon ou d’une autre dans la composition du livre. Or, il n’en est rien. Une deuxième personne y prend bien la parole mais il s’agit de l’interviewer (Nicolas Truong). On ne peut s’empêcher d’y dépister quelque inconséquence. Comment prétendre penser une expérimentation à deux si la deuxième personne n’apparaît à aucun moment au cours du livre ? Cela revient à penser la différence à partir de l’identité et non pas, justement, à partir de la différence.


On peut s’interroger aussi sur la validité de l’addition proposée par Badiou, bien qu’elle soit arithmétiquement irréfutable : 1+1 = 2. Badiou s’oppose ainsi à la tentation hermaphrodite du deux fusionnent en un : 1+1 = 1. Mais cela revient également à s’opposer à l’addition qui nous semble pouvoir seule rendre compte de la relation amoureuse, même si elle semble arithmétiquement impossible : 1+1 = 3.


Pour que : 1+1 = 3, il faut admettre au préalable que 1 puisse se diviser en 2 (féminin/masculin). Il faut pouvoir reconnaître l’autre comme à la fois étranger et identique à soi. C’est dans cette construction dialectique que le saut qualitatif se produit.


C’est, en tout cas, l’opération que nous avons tentée dans notre film En amour (30 minutes, 2001), tendu tout entier vers la création d’une troisième personne qui ne peut exister que par l’interaction des deux autres. Cela se nomme : co-naître.

 

 


Naître à deux dans une troisième personne peut intégrer aussi le désir d’enfant. C’est ce ce que nous avons vécu et tentons de rendre compte dans notre film Premiers mois (67 minutes, 2005).

 

 

 

 

 

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Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 15:40

 

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J'avais été très désagréablement surpris de découvrir, dans les sélections du dernier festival du « Cinéma du réel » de Beaubourg, un film intitulé : « To shoot an Elephant ». Comment ne pas se mettre en colère? Ce film utilise, pour atteindre ses fins, une panoplie de moyens qui se situent à l'exact opposé de toute démarche documentaire digne de ce nom. Pour rallier d'éventuels spectateurs à la cause palestinienne, « To shoot an Elephant » mise sur les affects générés par la monstration de la répression israélienne à Gaza au cours de l'opération « Plomb durci » (Noël 2008-janvier 2009). Le reportage, qui multiplie les effets de réel immédiat « comme si vous y étiez », adopte le point de vue des ambulances du Croissant rouge bombardées par l'armée israélienne, ce qui laisse entendre qu'une guerre « propre » (en existe-t-il?) épargnerait les ambulances. Incessants mouvements de va et vient entre le théâtre des opérations et l'hôpital. Il y a donc des blessés, des morts plus souvent encore, filmés en très gros plan. Indignation et désespoir des familles et de la population. Indignation et désespoir, légitimés par la situation et dont on ne s'étonnera pas qu'ils fassent le jeu des « extrémismes ». Ne s'agit-il pas, pour un des intervenants du film, de nier l'existence des juifs (mauvais par nature) et non plus seulement de l'état d'Israël?

 

Nous sommes ici au centre d'un phénomène que j'ai tenté d'analyser dans le tome 2 de mes « Scénarios du réel » (L'Harmattan, 1997) : l'autonomisation du factuel par rapport aux processus. Un nouveau fait n'est pas un fait nouveau. Il répète des faits antérieurs issus du même processus irrésolu. C'est ce processus qu'il faut ressaisir, et lui trouver des solutions politiques, pour que les mêmes faits ne se répètent pas dans un éternel retour.

 

Prendrait-on les spectateurs pour des imbéciles? Croirait-on qu'il suffit de montrer des exemples de répression –- la plus cruelle et la plus sanglante aussi bien - pour favoriser une prise de conscience? Prise de conscience de quoi? De la nature cruelle et sanglante des israéliens ou bien encore des juifs? Que faire avec une telle « prise de conscience » ?.

 

Où l'on constate que la naïveté rejoint ici le cynisme. Il n'y a rien à faire. Sauf s'indigner et protester dans les arènes internationales qui ont derrière elles, et malheureusement devant elles, une longue tradition rhétorique d'indignation et de protestation. Et attendre qu'il se passe politiquement quelque chose de nouveau que ce film n'aura préparé en aucune façon.

 

Gérard Leblanc

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