1+1=1, 2 ou 3?

Publié le 27 Avril 2010

Alain Badiou fait partie de ces philosophes de profession, assez rares au demeurant, qui s’intéressent suffisamment à l’amour pour en faire un enjeu de vie…et de philosophie. La preuve, il a publié récemment un petit livre entièrement dévolu à un questionnement de l’amour (Eloge de l’amour, Flammarion, 2009). Il y soutient la thèse que la relation amoureuse permet d’expérimenter le monde à deux, c’est-à-dire « à partir de la différence et non pas seulement de l’identité » (p. 22).

 

On aimerait toutefois que cette « expérimentation à deux » se manifeste d’une façon ou d’une autre dans la composition du livre. Or, il n’en est rien. Une deuxième personne y prend bien la parole mais il s’agit de l’interviewer (Nicolas Truong). On ne peut s’empêcher d’y dépister quelque inconséquence. Comment prétendre penser une expérimentation à deux si la deuxième personne n’apparaît à aucun moment au cours du livre ? Cela revient à penser la différence à partir de l’identité et non pas, justement, à partir de la différence.

 

On peut s’interroger aussi sur la validité de l’addition proposée par Badiou, bien qu’elle soit arithmétiquement irréfutable : 1+1 = 2. Badiou s’oppose ainsi à la tentation hermaphrodite du deux fusionnent en un : 1+1 = 1. Mais cela revient également à s’opposer à l’addition qui nous semble pouvoir seule rendre compte de la relation amoureuse, même si elle semble arithmétiquement impossible : 1+1 = 3.

 

Pour que : 1+1 = 3, il faut admettre au préalable que 1 puisse se diviser en 2 (féminin/masculin). Il faut pouvoir reconnaître l’autre comme à la fois étranger et identique à soi. C’est dans cette construction dialectique que le saut qualitatif se produit.

 

C’est, en tout cas, l’opération que nous avons tentée dans notre film En amour (30 minutes, 2001), tendu tout entier vers la création d’une troisième personne qui ne peut exister que par l’interaction des deux autres. Cela se nomme : co-naître.

 

 

 

Naître à deux dans une troisième personne peut intégrer aussi le désir d’enfant. C’est ce ce que nous avons vécu et tentons de rendre compte dans notre film Premiers mois (67 minutes, 2005).

 

 

 

 

 

 

Rédigé par mediascreationrecherche.over-blog.com

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