NE TIREZ PAS SUR LES AMBULANCES

Publié le 16 Avril 2010

 

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J'avais été très désagréablement surpris de découvrir, dans les sélections du dernier festival du « Cinéma du réel » de Beaubourg, un film intitulé : « To shoot an Elephant ». Comment ne pas se mettre en colère? Ce film utilise, pour atteindre ses fins, une panoplie de moyens qui se situent à l'exact opposé de toute démarche documentaire digne de ce nom. Pour rallier d'éventuels spectateurs à la cause palestinienne, « To shoot an Elephant » mise sur les affects générés par la monstration de la répression israélienne à Gaza au cours de l'opération « Plomb durci » (Noël 2008-janvier 2009). Le reportage, qui multiplie les effets de réel immédiat « comme si vous y étiez », adopte le point de vue des ambulances du Croissant rouge bombardées par l'armée israélienne, ce qui laisse entendre qu'une guerre « propre » (en existe-t-il?) épargnerait les ambulances. Incessants mouvements de va et vient entre le théâtre des opérations et l'hôpital. Il y a donc des blessés, des morts plus souvent encore, filmés en très gros plan. Indignation et désespoir des familles et de la population. Indignation et désespoir, légitimés par la situation et dont on ne s'étonnera pas qu'ils fassent le jeu des « extrémismes ». Ne s'agit-il pas, pour un des intervenants du film, de nier l'existence des juifs (mauvais par nature) et non plus seulement de l'état d'Israël?

 

Nous sommes ici au centre d'un phénomène que j'ai tenté d'analyser dans le tome 2 de mes « Scénarios du réel » (L'Harmattan, 1997) : l'autonomisation du factuel par rapport aux processus. Un nouveau fait n'est pas un fait nouveau. Il répète des faits antérieurs issus du même processus irrésolu. C'est ce processus qu'il faut ressaisir, et lui trouver des solutions politiques, pour que les mêmes faits ne se répètent pas dans un éternel retour.

 

Prendrait-on les spectateurs pour des imbéciles? Croirait-on qu'il suffit de montrer des exemples de répression –- la plus cruelle et la plus sanglante aussi bien - pour favoriser une prise de conscience? Prise de conscience de quoi? De la nature cruelle et sanglante des israéliens ou bien encore des juifs? Que faire avec une telle « prise de conscience » ?.

 

Où l'on constate que la naïveté rejoint ici le cynisme. Il n'y a rien à faire. Sauf s'indigner et protester dans les arènes internationales qui ont derrière elles, et malheureusement devant elles, une longue tradition rhétorique d'indignation et de protestation. Et attendre qu'il se passe politiquement quelque chose de nouveau que ce film n'aura préparé en aucune façon.

 

Gérard Leblanc

http://www.mediascreationrecherche.com 

Rédigé par mediascreationrecherche.over-blog.com

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